Des racines en Afrique de l’Est
Paulo Sendegeya est né au cœur de l’Afrique de l’Est. Ses racines sont ougandaises, tanzaniennes, burundaises, rwandaises et soudanaises. Enfant, la guerre l’arrache à l’Ouganda.
Très jeune, il vit l’impensable : il est plongé dans de l’eau bouillante, de la tête aux pieds. Son corps survit. Mais les séquelles, physiques, psychologiques et neurologiques, resteront avec lui toute sa vie.
L’enfant du silence
Des missions religieuses le repèrent à cause de son handicap : une surdité sévère, une oreille qui ne fonctionne pas, et de grandes difficultés de langage, de vocabulaire et d’écriture.
Il arrive en Grèce dans les années 90. La société grecque l’accueille, mais son handicap l’isole. Autour de lui, on parle. Lui reste muet. Pendant des années, il vit enfermé dans le silence.
Puis, vers 7 ans, viennent ses premiers mots. Grâce aux enseignants d’ULIS et de SEGPA, aux orthophonistes, à toutes ces personnes patientes qui ont refusé de l’abandonner, la parole se libère. Puis vient l’écriture.
Tomber, et se relever encore
La vie ne l’épargne pas. Au fil des années, d’autres diagnostics s’ajoutent : autisme, dyslexie, dyspraxie et dysorthographie sévères, troubles de l’attention et TDAH.
En 2021, alors qu’il enseigne au collège Paul-Arène de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence, il est victime d’un accident sur le trajet du travail. Il en sort polytraumatisé.
Puis viennent deux AVC, qui lui laissent une paralysie faciale.
À chaque fois, il aurait pu s’arrêter. À chaque fois, il s’est relevé.
Étudier, coûte que coûte
Paulo n’avait pas d’argent. Alors il a travaillé. Toujours. Il a accepté tous les emplois qu’on lui proposait, pour payer ses études. Parce qu’il aime apprendre, plus que tout.
Avec des études aménagées et accompagnées, il trace son chemin d’un pays à l’autre :
- le 4e lycée d’Athènes, où tout commence ;
- l’Université du Hertfordshire et les Further Education colleges en Angleterre, pour leur accompagnement des étudiants en situation de handicap ;
- l’Université de Birmingham, pour sa bienveillance ;
- l’Université de Strasbourg, qui a véritablement travaillé sur ses aménagements ;
- l’Université de La Réunion, qui lui a construit un parcours aménagé ;
- Aix-Marseille Université, qui a reconnu son parcours et restructuré ses examens ;
- l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, où il a trouvé un accompagnement humain exceptionnel ;
- et l’Université de Reims Champagne-Ardenne, qui a compris son profil multi-handicap et l’a accompagné jusqu’au diplôme.
Ceux qui ont essayé de comprendre
Partout, Paulo a rencontré des professeurs animés par l’amour profond de transmettre, même les plus carriéristes, même les plus distants. Malgré les budgets réduits, malgré les heures qu’il fallait lui consacrer, malgré ses mots qui ne venaient pas toujours, tous ont trouvé un moyen de le comprendre.
C’est cela, pour lui, la beauté de l’université : quelqu’un, en face, essaie de comprendre.
Il pense tout particulièrement à Madame Leclercq, à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3. Bien au-delà de sa mission, elle l’a soutenu psychologiquement et l’a encouragé dans les moments les plus sombres, notamment après ses AVC. Ses mots ont compté. Ils l’ont aidé comme étudiant, mais surtout comme homme.
À travers elle, il remercie toutes ces femmes qui l’ont accompagné, soutenu, porté parfois, et qui l’ont aidé à devenir celui qu’il est aujourd’hui.
Rendre ce qu’il a reçu
L’école est la seule institution qui l’a aimé sans condition et sans le juger. Alors Paulo est devenu enseignant à son tour, dans plusieurs disciplines. Pour rendre ce qu’il a reçu.
La philosophie, la recherche, l’édition
Plus tard, il se tourne vers la philosophie. En 2025-2026, il valide un Master 1 de philosophie à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Il poursuit aujourd’hui en Master 2, et rêve d’un doctorat.
Après ses AVC, au lieu de s’arrêter, il crée. Il fonde un laboratoire, le Centre d’Études et de Recherches en Intuitiologie (CERI), puis sa propre maison d’édition associative, CERI Presses.
L’homme de plusieurs langues
On critique parfois son expression en français, en anglais ou en grec. Ceux qui le jugent ignorent d’où il vient.
Car l’enfant qui ne parlait pas parle aujourd’hui luganda, swahili, anglais, grec, français, allemand et shimaoré. Il comprend le grec moderne, le grec ancien, et même le crétois comme un vrai Chaniote, de La Canée (Chania). Et il parle français avec un authentique accent alsacien, sans parler un mot d’alsacien !
Pour tous les enfants du monde
Ceux qui l’ont accompagné se souviennent du petit Paulo qui ne parlait pas. Aujourd’hui, il écrit, il enseigne, il cherche, il voyage. Il a franchi toutes les frontières et se définit comme citoyen du monde. Surtout, il a appris à s’accepter tel qu’il est, dans une société qui juge vite.
Son rêve : que chaque école et chaque université du monde ouvre ses portes à tous les enfants, quels que soient leur origine, leur parcours ou leurs blessures. Personne ne devrait être privé du droit d’apprendre.
Un jour, quelqu’un a cru en un petit garçon qui ne savait pas parler. Ce jour-là, tout a commencé.




